Le point sur la fin de session parlementaire printanière du Québec

La Coalition Avenir Québec n'a plus les coudées franches de son premier mandat. La population s'attend à des résultats concrets, car le COVID est maintenant chose du passé. Avec un deuxième gouvernement majoritaire d'affilée, le parti dispose d'une marge de manœuvre pour réaliser ses promesses électorales. La mauvaise conduite de certains de ses ministres et députés a été largement rapportée dans les médias. De tous les partis d'opposition, le Parti québécois est le seul à en bénéficier. Le Parti libéral du Québec et Québec Solidaire sont pratiquement absents de la joute politique et médiatique. Voici un bref aperçu de la dynamique politique au Québec à la fin de la session parlementaire.

Coalition Avenir Québec (CAQ)

Les militants de la Coalition Avenir Québec se réunissaient en congrès les 13 et 14 mai dernier à Sherbrooke. Ils ont notamment voté des résolutions sur les thèmes de l’énergie et la fiscalité pour les jeunes et les aînés. Le chef du parti François Legault s’est soumis à un vote de confiance pour la première fois depuis 2014, obtenant un appui historique de 98,61%. Tout porte à croire que le chef de la CAQ se présentera à nouveau aux élections de 2026.

Le premier ministre entend bâtir l’économie de demain au Québec par diverses mesures. La création de zones d’innovation notamment dans les filières de l’hydrogène vert, la batterie, les technologies numériques et les sciences quantiques témoigne du virage de l’économie de la province vers des créneaux où elle peut briller. La construction de nouveaux barrages hydroélectriques est à l'étude et le gouvernement mise sur l’efficacité énergétique afin d’atteindre sa cible de carboneutralité d’ici 2050. Le gouvernement du Québec intensifie ses efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Plan pour une économie verte - 2030 prévoit un investissement de 3,8 milliards pour accélérer l’électrification des transports et injecte 213 millions de dollars supplémentaires pour l’adaptation aux changements climatiques, totalisant près de 861 millions de dollars.

Les membres du parti ne lui ont pas tenu rigueur sa promesse brisée de troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis. Un sondage en mai faisait passer les intentions de vote de la CAQ de 40% à 26% dans la région de Québec, alors que le Parti Québécois prenait la tête à 28%. Le PQ est en montée dans les derniers sondages au détriment de la CAQ. La CAQ reste en première place au Québec à 36% des intentions de vote, en baisse de 4% depuis février, alors que le PQ augmente de 4% pour passer à 22%, en deuxième position. Le Parti libéral du Québec et Québec Solidaire font du surplace depuis les dernières élections.

Malgré leur caucus réduit à trois députés, le Parti Québécois brille davantage que les autres partis d’opposition. C’est pourquoi François Legault a concentré ses attaques sur celui-ci lors de son discours au congrès. Plutôt que de miser sur la souveraineté pour faire avancer le Québec, le chef de la CAQ a affirmé qu’il rassemble les nationalistes et agit dès maintenant avec les pouvoirs du Québec pour protéger son identité. François Legault a pour objectif que les immigrants économiques parlent français afin d’être sélectionnés par Québec et d’obtenir ensuite les pleins pouvoirs en immigration.

À cet égard, le ministre de l’Immigration a annoncé plusieurs changements en immigration :elle a ouvert la porte à une hausse à 60 000 nouveaux résidents permanents par année, plutôt que l’actuel seuil de 50 000 immigrants. Les étudiants étrangers bénéficieront d’allègements afin d’accélérer leur demande de résidence permanente. Les immigrants économiques devront avoir une meilleure connaissance du français afin d’être admis aux deux principales voie d’accès de ce type d’immigration. Enfin, Québec exigera un plan d’intégration incluant des cours de francisation dans la voie d’accès des regroupements familiaux.

La fin de session de l’Assemblée nationale est marquée par certains écarts de ministres. Éric Caire, le ministre de la Cybersécurité et du Numérique et député de La Peltrie, dans la région de Québec, a été pourfendé pour sa gestion de la crise des permis de conduire de la SAAQ.. Le virage numérique de l’organisme, prévu depuis belle lurette, a fait défaut. Des milliers de québécois ce sont rendus en succursale afin d’obtenir des services plutôt que de faire les procédures en ligne, coûtant au moins 2,6 millions de dollars en heures supplémentaires pour payer les employés durant la crise. Les partis de l’opposition réclament ad nauseam la ad nauseam pour les démission du ministreLe Premier ministre a toujours confiance en lui.

L’annonce de l’abandon d’un troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis a également fait suer M. Caire, mais aussi l’ensemble du caucus de la CAQ de Québec. M. Caire s’était engagé à démissionner advenant que le projet soit abandonné, ce qu’il n’a pas fait.. Plus tard au cours de la session, la vice-première ministre et ministre des Transports Geneviève Guilbault s’est ensuite amusée à jouer à un jeu lors de l’étude des crédits en employant des mots insolites. Les partis de l’opposition ont clamé au manque de respect et de professionnalisme de la ministre. À leur avis et partagé par des analystes politiques, le gouvernement commence à être usé par le pouvoir et faire preuve d’arrogance..

Le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette fait présentement l’objet d’une enquête de la commissaire à l’éthique et la déontologie sur la nomination d’un ami au poste de juge à la Cour du Québec. Cela fait suite à une plainte du député libéral Monsef Derraji. Le ministre avait omis de déclarer qu’il s’agissait de son ami proche lors de sa nomination. Les incartades des ministres de la CAQ commencent à se faire nombreuses, mais point jusqu’à influencer l’opinion de l’électorat. La CAQ a même légèrement augmenté ses intentions de vote et son taux de satisfaction lors du plus récent sondage.

Parti libéral du Québec (PLQ)

Le Parti libéral du Québec amorce présentement une période de reconstruction. Il a créé un comité de réflexion et de consultation sur la relance du PLQ, qui, qui a commencé à parcourir le Québec afin de préparer un rapport sur les orientations du parti. Le travail s’annonce colossal : sa députation est pratiquement cantonnée à la région de Montréal et ses appuis auprès des électeurs francophones sont à un plancher historique. Il ne profite point de sa position d’opposition officielle afin de marquer des points auprès du gouvernement.

Présentement sans chef officiel, une course à la chefferie devrait s’amorcer l’an prochain afin de trouver un nouveau leadership pour remettre le parti sur les voiles. Les députés Monsef Derraji, Marc Tanguay et Frédéric Beauchemin sont sur la ligne de départ, alors que plusieurs militants souhaitent un candidat externe pour la chefferie. Sophie Brochu, ingénieure et ex-PDG d’Hydro-Québec, Olga Farman, Avocate Émérite et associé-directrice du bureau de Québec du cabinet Norton Rose Fulbright et Karl Blackburn, ancien député du PLQ et président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec ont fait partie de la discussion, après avoir rejeté l’idée de se lancer. Un nouveau directeur général du parti a récemment été nommé, tout comme un nouveau président l’automne dernier. Le conseil général du parti le 27 mai dernier n’a pas dévoilé les règles de la future course. Les militants ont surtout débattu de la place du nationalisme au sein du parti afin de reconnecter avec l’électorat francophone. débattu de la place du nationalismeau sein du parti afin de reconnecter avec l’électorat francophone.

Québec Solidaire (QS)

Québec Solidaire ne tire point son épingle du jeu de la joute parlementaire. La populaire co-porte-parole Manon Massé a annoncé qu’elle quittait son poste. Cela permettra au parti de se connecter avec les régions dans la course à sa succession, lui qui a perdu des intentions de vote pour la première fois de son histoire lors des dernières élections. L'élection d'un nouveau députéGuillaume Cliche-Rivard dans Saint-Henri-Sainte-Anne, lors d’une élection partielle au printemps dernier, ne lui a pas donné de momentum. Ses députés sont tous élus dans des circonscriptions urbaines, étudiantes et/ou moins aisées. Le parti est néanmoins en tête dans les intentions de vote des 18-34 ans, à 38%.

L'éternel débat sur le recentrage du parti, résolument orienté à gauche, resurgira lors de la course à la co-porte-parole féminine. L'éternel débat sur le recentrage du parti, résolument orienté à gauche, refera surface dans la course à la co-porte-parole féminine. Par le passé, les militants n’ont pas démontré d’appétit à recentrer le parti. Les députées Christine Labrie de Sherbrooke et Ruba Ghazal de Mercier, à Montréal, se sont lancées dans la course. Elle débutera en août prochain afin d’élire la nouvelle co-porte-parole au congrès du parti le 26 novembre. L’ex-députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue Émilise Lessard-Therrien s’est également lancée.

Parti Québécois (PQ)

Le chef du Parti Québécois poursuit sa lancée amorcée lors de la fin de la dernière campagne électorale. Il a obtenu un appui de 98,51% à son dernier vote de confiance, malgré la plus grande déconfiture électorale de l’histoire du parti aux dernières élections. Ses interventions sont régulièrement reprises à heure de grande écoute dans les médias et le financement du parti va bon train. La récente hausse du PQ dans les sondages indique qu’elle forme la véritable opposition officielle, alors que sa députation et ses moyens financiers sont moindres que le PLQ et QS. Le PQ joue à la fois la carte d’un gouvernement de la CAQ usé qui ne respecte pas l’intelligence des électeurs et celle d’un gouvernement de nationalisme de façade. Il tente de projeter une image de confiance et de respect de la démocratie et de gains substantiels du Québec face à Ottawa.

Néanmoins, 3 ans est une éternité en politique : il reste à voir si le PQ pourra poursuivre son opération charme jusqu’aux prochaines élections. S’il poursuit sur sa lancée, il pourrait ravir des circonscriptions à la CAQ et s’établir comme l’opposition officielle à Québec lors des prochaines élections. En deuxième place auprès de l’électorat francophone et en tête des intentions de vote dans quelques régions du Québec, il a tout à gagner d’ici la fin de cette législature. Reste à voir s’il pourra renverser la vapeur en ce qui a trait à l’indépendance du Québec, son principal cheval de bataille qu’il assume davantage qu’auparavant. 38% des électeurs voteraient en faveur de l’indépendance du Québec, tandis que 51% voteraient contre, si un référendum avait lieu.

Conclusion

En attendant la reprise des travaux parlementaires le 12 septembre prochain, les députés reviendront dans leurs circonscriptions afin de prendre le pouls de la population. La CAQ mène largement dans les intentions de vote mais devra surveiller le PQ qui commence à prendre du galon, en remettant en cause la vigueur de son nationalisme. Le Parti libéral du Québec poursuivra sa tournée de consultation afin de rebâtir sa base de militants et d’actualiser sa plateforme au goût du jour, alors que l’axe indépendantiste/fédéraliste n’est plus autant primordial pour les électeurs. Québec Solidaire sera occupé avec sa course pour élire une nouvelle co-porte-parole. Le Parti Québécois moussera ses appuis dans les régions du Québec qui lui sont plus favorables, tel que l’Est-du-Québec. Les partis d’opposition doivent trouver une faille dans l’armure de la CAQ, qui détient toujours des appuis substantiels. La CAQ a tout à perdre d’ici les prochaines élections, la tâche sera ardue afin de maintenir un aussi haut niveau d’appui auprès de la population. Mais grâce à ses excellentes stratégies de communication et son organisation de terrain redoutable, le parti de François Legault est loin d’avoir dit son dernier mot

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