Élection partielle dans Jean-Talon : point de bascule pour la Coalition Avenir Québec

La démission surprise de la députée de Jean-Talon, Joëlle Boutin, le 19 juillet dernier, a secoué l’univers politique québécois. Elle quittera officiellement son siège le 31 juillet prochain et rejoindrait la firme de services-conseils en technologies Levio.

Une élection partielle, au coût estimé à 585 000$, devra être déclenchée dans les six mois à partir de cette date. Mme Boutin aura démissionné 9 mois après sa réélection, sans indemnité de départ. Elle a été élue lors d’une partielle en décembre 2019, après avoir été défaite lors de l’élection générales de 2018.

Elle espérait faire partie du conseil des ministres, à la fois lors du remaniement ministériel de 2020 et de l’actuel conseil des ministres de 2022. Huit nouvelles élues ont été nommées ministres, mais pas Mme Boutin. Elle fût nommée adjointe parlementaire du ministre Pierre Fitzgibbon pour le volet sciences et innovation.

Mme Boutin détient un maitrise en administration publique. Elle avait notamment travaillé pour la firme de relations publiques National et été directrice de cabinet du ministre délégué à la Transformation Numérique, Éric Caire. Levio a de nombreux contrats avec le gouvernement du Québec et des centaines d’entreprises au Québec.

Une énième partielle

Jean-Talon compte 46 714 électeurs inscrits. Le district électoral situé à l’ouest de Québec comprend les quartiers de Ste-Foy et Sillery ainsi que la totalité du campus de l’Université Laval. Il s’agit de l’une des circonscriptions du Québec ayant l’électorat le plus instruit : 54% de sa population active détenait un diplôme universitaire en date de 2016.

La circonscription est intrigante, puisqu’il y a une mixité sociale entre les électeurs bien nantis de la haute-ville de Québec ainsi que les étudiants de l’Université Laval et des cégeps environnants. Jean-Talon était un château-fort libéral depuis sa création, de 1966 à 2019. C’était en 2019 le seul siège libéral à l’est de Montréal. Une troisième élection partielle en trois législatures aura lieu dans cette circonscription.

Une chaude lutte à prévoir

Selon les Qc125 , l’élection partielle de Jean-Talon sera une course à trois, où tout pourra arriver. Le Parti Québécois (PQ) aurait présentement 31% des intentions de vote, Québec Solidaire (QS) 27%, et la Coalition Avenir Québec (CAQ) 25%. À l’élection générale de 2022, la CAQ avait obtenu 32,5% des intentions de vote, QS 23,8% et le PQ 18,7%.

Trois facteurs seront déterminants quant à l’issue de l’élection. D’abord, la puissance de l’organisation politique des partis. La CAQ mobilisera non seulement les militants de la région, mais également l’ensemble des employés des cabinets ministériels. Québec Solidaire pourra compter sur une mobilisation populaire importante, puisque de nombreux étudiants résident dans la circonscription. La mobilisation à venir du PQ est inconnue : son appui populaire se traduira-t-il par l’implication de militants?

Le taux de participation fera une énorme différence à l’élection partielle. Aux deux dernières élections générales, il était d’un peu plus de 66%. Aux deux dernières partielles, il était de plus ou moins 36% et 31%. Chaque vote fera une différence dans ce contexte. C’est pourquoi le travail de terrain par les partis sera décisif, d’autant plus qu’aucun d’entre eux ne se démarque jusqu’à présent.

Enfin, la performance médiatique des chefs pourrait faire pencher la balance. L’élection partielle devrait être concomitante à la reprise des travaux parlementaires. Dans ce cadre, les chefs seront davantage scrutés. Leurs bons coups ou leurs faux pas pourraient directement influencer le vote de l’électorat de Jean-Talon. Celui-ci aura l’occasion d’envoyer un message à la CAQ, qui a délaissé le projet d’un troisième lien autoroutier.

Un point tournant

La démission de Mme Boutin témoigne d’une insatisfaction grandissante au sein du caucus de la CAQ. Avec 90 députés et 30 ministres, donc plusieurs égos à gérer, le premier ministre vit un important revers quant à la cohésion de son caucus.

D’autres députés du parti ont déjà démontré des signes d’insatisfaction, tel que Youri Chassin et Gilles Bélanger. Toutefois, il s’agit de la première démission au sein du caucus. Certains élus pourraient-ils être tentés de quitter la CAQ?

La prochaine élection partielle dans Jean-Talon arrive à un moment charnière. Le PQ monte dans les sondages et occupe la première place dans la ville de Québec. Cependant, la CAQ a une avance confortable au niveau provincial. Sa puissante machine électorale pèsera de tout son poids pour conserver la circonscription.

L’élection du PQ pourrait symboliser sa montée et solidifier sa place d’opposition officielle de facto à l’Assemblée nationale. Jean-Talon est l’une des rares circonscriptions où QS peut espérer l’emporter. Malgré son historique avec le comté, le Parti libéral du Québec (PLQ) n’est présentement pas compétitif.

Une victoire de la CAQ pourrait signifier que l’abandon du troisième lien n’a pas trop écorché ses appuis dans la région. S’agit-il d’un enjeu touchant les électeurs de Jean-Talon? Sa défaite pourrait illustrer son déclin au profit du PQ, au même titre que l’élection de Geneviève Guilbault lors d’une partielle en 2017 a illustré la montée de la CAQ au détriment du PLQ.

Sources :

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