La fin de la campagne électorale québécoise : Vers une course pour l’opposition officielle

Le lundi 3 octobre prochain, la population du Québec votera pour son prochain gouvernement provincial. Alors que la Coalition Avenir Québec se dirige vers un mandat majoritaire, les autres partis se battent afin de s’établir comme l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec. Déjà 22,92% de la population a voté par anticipation, un sommet historique. Voici l’état des lieux à moins d’une semaine du jour des élections.

Coalition Avenir Québec

D’abord, la Coalition Avenir Québec (CAQ) devrait se diriger vers un confortable mandat majoritaire, avec une projection de 92 sièges (76 à 102). Cette majorité lui permettrait de poursuivre ses projets d’envergure tel qu’en transport avec le 3e lien à Québec et de remplir ses promesses électorales, tel que des baisses d’impôts pour les deux premiers paliers d’imposition ainsi que son remaniement de l’offre de soins de santé, tel que les soins à domicile et l’ouverture de deux centres médicaux privés. Le gouvernement de la CAQ aurait également la possibilité de nommer à lui seul des titulaires de charges publiques fondamentales nécessitant l’accord du 2/3 de l’Assemblée nationale : le Commissaire à l’éthique et à la déontologie, le Commissaire au lobbyisme, le Directeur général des élections, le Protecteur du citoyen et le Vérificateur général.

Néanmoins, les projections d’intention de vote de la CAQ n’ont cessé de diminuer depuis le début de la campagne, passant d’environ 43% à plutôt 38% en cette fin de campagne. Cela n’est toutefois pas suffisant pour déstabiliser les projections de sièges du parti, considérant la division du vote au sein du système politique québécois qui compte cinq partis. Cette baisse d’intention de votes peut certainement être attribuée à la piètre performance du chef François Legault lors des deux débats télévisés, quoiqu’au 2e débat sa performance était davantage convaincante. La CAQ devrait rafler l’essentiel des circonscriptions en région dont certaines appartenaient au Parti Québécois, celles dans la région de Québec et pourrait même dérober des sièges au Parti Libéral du Québec dans la région de Montréal. L’électorat-type de la CAQ est plus âgé (55 ans et plus) et va donc généralement davantage voter que les plus jeunes, ce qui lui procure un net avantage.

Parti libéral du Québec

Le Parti Libéral du Québec (PLQ) fait du surplace, avec 16% des intentions de vote et 20 sièges projetés. Son vote est concentré dans la région de Montréal ainsi qu’en Outaouais, ce qui lui garantit un certain nombre de sièges. Toutefois, en raison de la division du vote, le PLQ pourrait perdre certains bastions au profit de la CAQ ou Québec Solidaire tel que Verdun, Anjou-Louis-Riel et même Saint-Henri-Sainte-Anne, le siège de la cheffe Dominique Anglade. Autant certains des sièges qui lui sont projetés victorieux sont solides, autant d’autres sont chambranlants. Son électorat-type est certainement les électeurs anglophones et allophones, malgré que certains d’entre eux se tournent vers le Parti Conservateur du Québec, ce qui pourrait lui faire perdre des luttes plus serrées.

Le purgatoire du PLQ auprès de l’électorat ne semble pas terminé à en croire la présente campagne. L’image d’austérité et de corruption des années gouvernementales Charest/Couillard lui colle toujours à la peau et il ne parvient pas à reprendre son image de marque du parti de l’économie. Plusieurs de ses députés d’envergure ont également quitté le navire. Certaines annonces électorales du PLQ ont été tournées en dérision par les autres partis, tel que son projet d’hydrogène vert ÉCO qui nécessiterait la construction de plusieurs barrages hydroélectriques afin d’être viable ainsi que des manques à gagner de dizaines de milliards lors de la présentation de son cadre budgétaire. Le PLQ se positionne pour maintenir sa place numérique d’opposition officielle lors de la prochaine législature, mais en termes d’opposition idéologique, il ne semble pas avoir repris ses repères pour détenir ce titre. Il doit à tout prix reconnecter avec les francophones s’il veut regagner sa gloire d’antan.

Québec Solidaire

Québec Solidaire (QS) a mené une excellente campagne et peut aspirer au titre d’opposition officielle idéologique à la CAQ pour la prochaine législature. Avec 15% des intentions de vote et une projection de 10 sièges dont trois d’entre eux en pivot, le parti maintiendrait son poids à l’Assemblée nationale. Le chef du parti Gabriel Nadeau-Dubois a mené deux excellents débats télévisés et est perçu comme le meilleur chef de l’opposition officielle auprès de la population. Les propositions du parti résolument à gauche contrastent avec celles de la CAQ : un plan de transition écologique de dizaines de milliards de dollars comprenant des investissements massifs en transport collectif, la suspension de la taxe de vente du Québec sur les produits essentiels et la taxation des ultra-riches, QS se démarque nettement des autres partis.

QS peut espérer faire des gains dans certaines circonscriptions de Montréal où une lutte à trois se dessine avec le PLQ et la CAQ. Toutefois, les chances du parti de percer à l’extérieur de cette région semblent minces, compte tenu de ses propositions visant résolument les circonscriptions urbaines, jeunes et progressistes, son électorat-type. La formation est prise à parti par la CAQ qui souhaiterait certainement qu’elle devienne l’opposition officielle avec la chute du PLQ. Aux yeux de la majorité de la population, le projet de société de QS est irréaliste, il est trop axé à gauche. Il serait donc aisé de gouverner avec une telle opposition durant de nombreuses années dans la mesure où le parti ne se recentre pas. C’est pourquoi le premier ministre François Legault n’a cessé d’interpeller QS avec sa « taxe orange » sur toutes les tribunes durant la campagne.

Parti Québécois

Le Parti Québécois (PQ) est le seul parti qui a gagné des appuis lors de la campagne, grâce à une excellente performance de son chef Paul Saint-Pierre Plamondon lors des deux débats télévisés. Les intentions de vote du parti sont passées de 10% à 14% pour une projection de 3 sièges (1 à 9). La faible concentration du vote explique le peu de sièges projetés, mais le PQ représente néanmoins le 2e choix de plus du quart des électeurs et son chef est presque aussi bien perçu que Gabriel Nadeau-Dubois de Québec Solidaire comme chef de l’opposition officielle. Ce qui pourrait être décisif pour le parti et son attention médiatique lors de la prochaine législature est l’élection de son chef dans la circonscription de Camille-Laurin, dans l’est de Montréal. Celle-ci était l’objet d’une vive lutte à trois entre la CAQ, QS et le PQ. Mais la candidate de QS a retiré sa candidature suite à une controverse sur le vol d’un dépliant de la CAQ dans une boîte aux lettres d’une électrice. Le PQ y est désormais à égalité statistique avec la CAQ dans les sondages.

Le PQ propose sensiblement des mesures similaires à QS en ce qui a trait à l’environnement, le transport et les enjeux sociaux en général. Il se rapproche toutefois de la CAQ en ce qui concerne les enjeux identitaires, alors qu’il propose de réduire significativement le nombre de nouveaux arrivants et qu’il désire faire l’indépendance du Québec. Le parti s’est toutefois fait plus discret sur ce dernier enjeu, lui qui n’a toujours pas présenté le budget de l’an un de l’indépendance du Québec qu’il avait pourtant promis. Le PQ et son programme social-démocrate peut représenter la prochaine opposition officielle idéologique à la CAQ, mais il devra vendre l’aspect indépendance de son programme auprès de la population pour ce faire.

Parti conservateur du Québec

Le Parti Conservateur du Québec (PCQ) était la bête noire de la campagne, lui qui était passé du statut de parti marginal à amasser un nombre faramineux de militants et de dons depuis 2020. Le parti espérait faire son entrée à l’Assemblée nationale de façon triomphante en élisant plusieurs députés, dont son chef Éric Duhaime dans la circonscription de Chauveau, à Québec. Les attentes sont désormais moins élevées à l’égard du parti, qui n’a pas su se démarquer lors de la campagne malgré ses propositions résolument axées à droite de l’échiquier politique. Ses intentions de vote ce sont maintenues aux alentours de 15% durant la campagne, mais ne projettent pas l’élection d’un candidat à ce stade-ci. La lutte est toutefois serrée avec la CAQ dans les circonscriptions de Beauce-Nord et Beauce-Sud, sur la rive-sud de Québec. On peut y constater un fossé générationnel majeur, alors que les jeunes appuient massivement le PCQ (environ 63,9% des 44 ans et moins) et que les plus âgés appuient massivement la CAQ (environ 55,7% des 45 ans et plus).

Le PCQ prône résolument un désengagement de l’État dans la vie des citoyens, en déréglementant plusieurs missions étatiques tel que les centres de la petite enfance, en réduisant les impôts des particuliers et en recourant au secteur privé en santé pour faciliter l’accès aux soins. Le PCQ représente l’autre facette d’une même pièce que QS, soit celle du vote antisystème. L’avenir du parti semble incertain, lui qui a gagné ses appuis notamment avec la pandémie et les mesures sanitaires. D’autant plus que le chef Éric Duhaime n’est pas projeté gagnant dans sa circonscription. La grande région de Québec semble acquise pour le PCQ, mais pourra-t-il s’implanter durablement ailleurs sans visibilité médiatique envers son chef?

Conclusion

Nul doute que la Coalition Avenir Québec sera élue avec une forte majorité pour la 43e législature de l’Assemblée nationale du Québec. Il faut toutefois souligner à quel point le fossé provoqué par la fin de l’enjeu de l’indépendance du Québec est profond. L’opposition est divisée pour la première fois entre quatre partis et aucun d’entre eux ne semblent en position de se mesurer à la CAQ, qui a coalisé les anciens électeurs du PQ, du PLQ et de l’ADQ pour combler ce vide. La CAQ profite également des lacunes du mode de scrutin uninominal à un tour afin de jouir d’un poids démesuré de sièges comparativement à ses intentions de vote. La parole sera aux électeurs le 3 octobre prochain afin de déterminer quel parti formera certes le prochain gouvernement, mais surtout la prochaine opposition officielle.

Sources :

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