Post-Mortem des élections québécoises

Comme prévu par les sondeurs, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a remporté une majorité convaincante, élisant 90 des 125 députés de l’Assemblée nationale du Québec. Le Parti Libéral du Québec (PLQ) forme l’opposition officielle avec 21 sièges, concentrés dans la région de Montréal. Québec Solidaire (QS) a remporté 11 circonscriptions, le Parti Québécois (PQ) 3 circonscriptions et le Parti Conservateur du Québec (PCQ) n’a pas réussi à faire élire un député. Le taux de participation approximatif aux élections est de 66,1%.

Coalition Avenir Québec

Le premier ministre François Legault peut être satisfait des résultats de sa campagne. Son équipe a été élue dans l’ensemble des régions du Québec. La CAQ a récolté 41% du vote populaire, loin devant les autres formations. Le parti était compétitif virtuellement partout au Québec.

Certaines rudes batailles ont été remportées, tel que dans les circonscriptions de Beauce-Nord (recomptage possible), Beauce-Sud et Chauveau, dans la région de Québec, face au Parti Conservateur du Québec. La CAQ a également fait des gains notables, tel que dans la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue avec l’élection de Daniel Bernard, malgré la saga entourant la Fonderie Horne, ainsi qu’à Laval, elle qui y détient désormais 4 des 6 sièges plutôt qu’un seul en 2018.

Malgré cette victoire sans équivoque, la CAQ n’a pu élire la candidate vedette Caroline St-Hilaire dans Sherbrooke face à Québec Solidaire, une ancienne députée du Bloc Québécois et ancienne mairesse de Longueuil. Les électeurs de Montréal la boudent toujours alors que seulement deux circonscriptions sont caquistes, à l’est de Montréal. Les deux circonscriptions solidaires de Québec ce sont maintenues.

La CAQ peut se targuer d’avoir constamment progressé depuis sa première élection en 2012. À sa première élection, 27% de la population a voté pour elle alors qu’en 2022 c’est 41%. Seules quelques circonscriptions avaient voté à plus de 50% pour la CAQ en 2012, alors que c’était dans 23 circonscriptions en 2018 et 33 circonscriptions en 2022. 79 circonscriptions ont été remportées avec plus de 40% des voix en 2022.

Parti libéral du Québec

Le Parti Libéral du Québec mené par Dominique Anglade a performé comme prévu en raison de la concentration de son vote à Montréal. Son noyau d’électeurs anglophones et allophones de Montréal lui est demeuré fidèle.

Mais le parti fait face à d’immenses défis organisationnels et financiers afin de rester compétitif à long terme. Le parti a dû prendre deux hypothèques afin de mener la dernière campagne électorale. Le nombre de militants et de bénévoles a drastiquement chuté et le recrutement de candidatures à l’extérieur de Montréal a été ardu. La réforme du financement politique lui fait mal : en 2008 le parti avait récolté 9,2 millions $ sous Jean Charest, alors que son financement public annuel devrait désormais diminuer d’environ 40% par rapport aux quatre dernières années. En 2013 le plafond des dons individuels est passé de 1000$ à 100$, alors que chaque vote récolté par parti lui remporte 1,71$. Le PLQ a remporté 14,4% des voix, comparativement à 24,8% en 2018.

Depuis l’arrivée de la CAQ en 2012, le PLQ a perdu son emprise sur de nombreuses circonscriptions. Ne détenant plus le monopole du fédéralisme au Québec avec la chute de l’enjeu de l’indépendance du Québec, le parti est passé d’aspirant au pouvoir à parti d’opposition. Par le passé, plusieurs circonscriptions libérales ont voté à plus de 70% pour le parti, parfois même 80%. Ses bastions ont cette fois-ci été remportés par 60% ou moins des voix, le PCQ lui grugeant d’importants appuis. Le PLQ a atteint un niveau historiquement bas d’élus.

Depuis l'arrivée de la CAQ en 2012, le PLQ a perdu son emprise sur de nombreuses circonscriptions. Ne détenant plus le monopole du fédéralisme au Québec avec la chute de la question de l'indépendance du Québec, le parti est passé du statut de prétendant au pouvoir à celui de parti d'opposition. Dans le passé, de nombreuses circonscriptions libérales ont voté plus de 70% pour le parti, parfois même 80%. Cette fois-ci, ses bastions ont été remportés par 60% ou moins du vote, le PCQ ayant reçu un soutien important. Le PLQ a atteint un creux historique en termes d'élus.

Québec Solidaire

Québec Solidaire a perdu un siège mais en a remporté deux autres, pour un total de 11 sièges en 2022 comparativement à 10 en 2018. Les élus de QS sont tous situés dans des centres urbains, soit Montréal, Québec et Sherbrooke.

Le parti continue de progresser dans l’est de Montréal, ravissant les circonscriptions de Maurice-Richard et de Verdun au PLQ. Il a surpris en conservant la circonscription de Sherbrooke face à une candidate vedette de la CAQ, elle qui avait changé lors des trois dernières élections. Mais la défaite à Rouyn-Noranda-Témiscamingue est d’autant plus surprenante que la saga entourant la Fonderie Horne favorisait le parti de gauche, qui mettait l’environnement à l’avant-plan.

Il s’agit donc de la première fois que QS perd un siège de son histoire. Québec solidaire a maintenu ses précédents sièges à Montréal (sa base) ainsi qu’à Québec, en basse-ville, où les enjeux de la mobilité (3e lien) ainsi que les normes de nickel (l’environnement) ont été des enjeux clés pour les électeurs.

QS a fédéré le vote des jeunes, eux qui préfèrent largement ce parti à ses opposants. Le chef Gabriel Nadeau-Dubois a mené une bonne campagne, mais les propositions du parti n’ont pas su rejoindre autant d’électeurs qu’espéré par le parti. Somme toute, QS a performé où il y était attendu. Cela n’a pas été suffisant pour former l’opposition officielle, malgré qu’il ait obtenu 15,42% d’appuis, comparativement à 16,1% en 2018.

Parti Québécois

Le Parti Québécois n’est pas mort. Surtout avec l’élection de son chef Paul Saint-Pierre Plamondon, dans la circonscription de Camille-Laurin, dans l’est de Montréal. Dans l’est du Québec, les députés Pascal Bérubé et Joël Arseneau ont été réélus, eux qui ont offerts d’excellentes prestations parlementaires en 2018. Cela permettra au parti de maintenir plus aisément une certaine visibilité médiatique lors des quatre prochaines années. Le PQ est passé de 10 à 3 sièges, performant tel que le prédisaient les sondages.

Depuis 2012, la situation du PQ s’est détériorée. Le vote populaire a commencé à diminuer dès 1998, mais le PQ était toujours dans la course afin de former le gouvernement. En 2012, le PQ a remporté 32% des voix dont 46 circonscriptions avec plus de 40% des votes, alors qu’il en a remporté 14,2% en 2022 et que seul Matane-Matapédia a obtenu plus de 40% pour le parti. Jamais le PQ n’a remporté si peu de sièges et un si faible taux d’appuis depuis sa fondation en 1970. Le parti réclame une réforme du mode de scrutin, tout comme QS et le PCQ, afin que le vote populaire soit mieux traduit en termes de sièges à l’Assemblée nationale.

Parti conservateur du Québec

Le Parti Conservateur du Québec, malgré sa forte présence sur les médias sociaux, n’a pas su percer au-delà de sa base électorale afin de remporter une circonscription. Il a offert une performance honorable avec 12,92% des votes, comparativement à environ 1,5% en 2018. Il a obtenu 25% des votes dans la région de Québec et offert de bonnes performances dans l’ouest de Montréal.

Le PCQ se devait d’avoir une clé afin d’ouvrir la porte de l’Assemblée nationale puis occuper durablement l’espace médiatique. Malgré la concentration de son vote à Québec, son chef Éric Duhaime dans Chauveau ainsi que les candidats de Beauce-Nord (possible recomptage) et Beauce-Sud n’ont su parvenir à gagner suffisamment d’appuis à cette fin.

Une augmentation du taux de participation a été observée dans quelques circonscriptions enclines aux conservateurs, signe que le parti a rallié des électeurs antisystème, qui n’avaient pas l’habitude de se rendre aux urnes. Le parti devra rester pertinent lors des quatre prochaines années sans faire entendre sa voix dans la maison du peuple. Il bénéficiera d’une solide base militante jusqu’alors inexpérimentée ainsi que d’un financement public comparable aux autres partis d’opposition. Le PCQ a pratiquement obtenu le même nombre de votes que les autres partis de l’opposition.

Faits saillants

  • Le premier ministre François Legault devient le 1er chef de parti à obtenir deux majorités consécutives en 34 ans.
  • La dernière fois qu’un parti a remporté plus de 90 sièges était en 1989, avec 92 sièges pour les libéraux de Robert Bourassa.
  • 58 des 125 sièges ont été remportés par des femmes, un record.
  • Première élection d’une femme autochtone de l’histoire, Kateri Champagne Jourdain, dans Duplessis (CAQ).
  • Le député Pascal Bérubé du PQ a remporté le plus haut taux de vote populaire (67,4%), suivi par Gregory Kelley du PLQ (62,5%) et Andrée Laforest de la CAQ (62,2%).

Sources :

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